Le Réveil des Esprits [Chapitre 47].

Le Réveil des Esprits
Chapitre 47

FanFics créé par Mikaua!

Les minutes avaient passé, une par une, et le soleil, qui était à peine plus loin que le zénith à leur arrivée, s'inclinait maintenant vers l'Ouest, colorant la salle de rose et d'orange par les reflets de son coucher. Aucun des deux héros n'avait bougé depuis que Link avait prononcé sa dernière phrase, lourde d'espoirs déçus. La seule chose qui avait changé était que les larmes de l'Hylien ne coulaient plus. La petite flaque qui s'était formée devant ses genoux était presque sèche. Il ne pleurait plus, ne sanglotait plus, mais ses yeux le brûlaient toujours comme des charbons et son cœur semblait s'être arrêté de battre, changé en pierre.
Finalement, le Zora sortit de son immobilité de statue. Laissant le Kokiri d'adoption à sa peine, sachant qu'il ne pourrait pas y faire grand chose, il se dirigea à pas lents vers le bâton de Majora, sans pour autant troubler le silence. Arrivé près du long bout de bois bleu, il s'accroupit et le contempla un moment. Il en approcha la main et sentit un picotement électrique parcourir sa peau spectrale. L'énergie que dégageait cet artefact était impressionnante. Machinalement, le musicien voulut caresser l'objet du bout des doigts, juste pour voir s'il était aussi soyeux qu'il en avait l'air. Il tendit la main… et put laisser ses doigts courir sur le bois sans passer au travers. Mikau retira sa main un peu brusquement. Il la regarda avec étonnement, n'étant plus habitué aux sensations du toucher depuis longtemps. Puis, un peu plus décidé, il tendit à nouveau la main et prit en main le bâton de Majora. Un frisson électrique parcourut le bras du musicien quand sa peau entra en contact avec le bois. Être un esprit permettait apparemment de sentir la présence de la magie des Anciens et c'était cela qu'il avait perçu depuis le début. Le bâton semblait de rien peser dans la main du guitariste. Ses doigts épousaient naturellement les contours et les nœuds du bois. Se relevant doucement, le Zora fit quelques moulinets, feintes et attaques avec l'artefact, comme s'il s'agissait d'une épée. Les gestes venaient si naturellement qu'il avait l'impression d'avoir fait cela toute sa vie. Impression ô combien déroutante pour l'esprit.
Le bâton toujours à la main, il retourna auprès du jeune héros. Arrivé auprès de lui, il s'accroupit en face de lui et l'appela doucement.
- Link ?
Aucune réponse ne vint. Sentant qu'il avait tout de même capté son attention, il continua :
- J'ai réussi à prendre le bâton en main.
- Pour ce que je me soucie de ce bout de bois !
Un léger sourire étira les lèvres du Zora. Au moins, il avait réussi à le faire réagir. Restait à apaiser son âme de héros…
- Link, je sens sa magie. Elle est très puissante.
- Je n'en doute pas…
Déposant l'artefact au sol, le musicien passa amicalement sa main sur - ou plutôt un peu à travers - l'avant bras de l'Hylien. Ils arrivaient au cœur de la question.
- Allez, dis-moi ce que tu as sur le cœur…
Prenant une grande inspiration, la tête toujours baissée et le visage caché, le jeune héros se mit à parler.
- J'ai échoué, il n'y a rien à ajouter à cela…
- Enfin, tu as sauvé un royaume entier de Xercoraid, tu as empêché ce même sorcier de détruire le peuple d'Hyrule… C'est pas vraiment ce que j'appelle un échec, moi.
- Et pour Termina ? Je n'ai rien fait, rien !
Poussant un soupir feint, le Zora dit alors :
- Si tu parles comme ça, tu as effectivement échoué.
L'absence de réponse indiqua au guitariste qu'il était sur la bonne voie.
- C'est vrai, si tu abandonnes ainsi à la moindre difficulté…
Piqué au vif, Link se releva d'un bond.
- Moi ? J'abandonne à la moindre difficulté ?! J'ai récupéré mon guide à six pieds sous le sable, j'ai survécu à un tourbillon, escaladé la plus haute montagne de l'île, traversé des Marais, un désert, j'ai plongé dans les profondeurs d'un plateau volcanique, j'ai battu un disciple de Majora qui avait repris sa jeunesse grâce aux pouvoirs du masque de son maître, j'ai récupéré toute la famille, tout cela en manquant plusieurs fois de mourir, et môssieur Mikau dit que j'abandonne à la moindre difficulté ! Ca, c'est le bouquet !!
Un large sourire s'était épanoui sur le visage du Zora en entendant avec quelle verve son compagnon essayait de se défendre. Quand ce dernier, haletant, le toisa avec défi, il se releva tranquillement.
- Voilà ce que je voulais entendre, dit-il.
Médusé, l'Hylien sembla un peu perdu.
- Tant qu'il y a de la vie, y'a de l'espoir, continua Mikau. Et toi, tu sembles garder encore assez de fierté pour ranimer ta confiance en toi…
Le jeune héros eut un sourire gêné en comprenant que le Zora l'avait sciemment provoqué. Maintenant, il se rendait compte avec surprise que son désespoir s'était envolé. Il se sentait même prêt à repartir en quête.
- Merci Mikau, dit-il enfin. Je crois que je m'étais un peu laissé aller…
Le Zora haussa les épaules. Il se baissa ensuite pour ramasser le bâton de Majora.
- On devrait le regarder encore une fois tous les deux, conseilla-t-il.
- Crois-moi, ce truc est aussi vierge d'inscription que la liste des bonnes actions d'un Piran'hargne !
Le musicien émit un petit rire à cette évocation.
- Il faut bien commencer quelque part, répliqua-t-il. Et puis, il y a peut-être une protection magique qui nous empêche de voir la mélodie…
Le Kokiri d'adoption fit une grimace qui montrait clairement qu'il était sceptique, mais il dut admettre que c'était une possibilité. Combien d'objets invisibles aurait-il manqués sans s'être servi de son Monocle de vérité ? Il en avait perdu le compte.
- D'accord, essayons…
Il tendit la main et prit l'autre extrémité du bâton que lui tendait le Zora.
A peine ses doigts furent-ils rentrés en contact avec le bois bleuté qu'il se mit à émettre une lueur azurée. Surpris et un peu méfiants, les deux héros n'osaient pas lâcher l'artefact et restèrent sur le qui-vive. Alors que la lueur azur augmentait de plus en plus, une voix se fit entendre dans leur tête, la voix de Kazof.
- J'étais certain que vous viendriez à bout de la toute dernière défense du bâton de Majora. Comme vous le savez, les personnes vouées au Mal partagent très difficilement les objets qui peuvent leur apporter autant de pouvoir, ce qui nous a inspiré un dernier sortilège : pour pouvoir accéder à la mélodie, il fallait que deux personnes ayant confiance l'une en l'autre tiennent en même temps le bâton. Maintenant que c'est fait, il me reste à vous souhaiter bonne chance, vous allez apprendre l'Hymne de la Restauration…
La voix s'éteignit, laissant les deux compagnons de route un peu déboussolés.
La lueur bleue finit par s'éteindre après quelques secondes, Baissant tous deux les yeux vers le bâton, qu'ils n'avaient pas lâché, les deux héros virent que des notes argentées couvraient à présent toute la longueur de l'artefact. L'Hylien fronça les sourcils en étudiant la musique. Lui qui avait pourtant l'habitude de lire des portées, il n'arrivait absolument pas à comprendre cette partition. Les notes s'entremêlaient de telle façon qu'il était incapable de comprendre quoi jouer. Intrigué, il tourna la tête et voulu demander son avis à Mikau… quand il remarqua que ce dernier avait un large sourire.
- Tu y comprends quelque chose, toi ? demanda le jeune héros.
Le Zora s'empressa d'acquiescer.
- Parfaitement.
A l'ébahissement de son jeune compagnon, le musicien éclata de rire.
- Mais… qu'est-ce qui te prend ? s'étonna le Kokiri d'adoption.
Plié en deux de rire, le guitariste ne put que signifier par geste que ce n'était rien.
- Enfin, explique-toi ! insista Link. Moi, je ne comprends rien à cette partition. On dirait qu'ils ont mélangé deux chansons sur ce bout de bois…
Reprenant finalement son sérieux, Mikau s'expliqua :
- En fait, c'est exactement ça.
Essayant de ne pas rire de la mine consternée qu'affichait l'Hylien, le Zora continua :
- C'est une partition qui se joue en duo, Link. C'est pour ça que ça a l'air un peu embrouillé.
- Ah bon… Mais… Je sais pas lire ça, moi !
- T'inquiète, je vais t'expliquer. En fait, ajouta-t-il en désignant une série de notes, c'est tout simple : toi, tu joues ces notes-là. Moi, je joue les autres, celles qui ont une drôle de forme.
Maintenant, le jeune héros voyait clair dans la partition et comprenait parfaitement ce qu'il fallait jouer.
- Mikau ? Pourquoi est-ce que ça te faisait tant rire ?
Le sourire du Zora s'élargit à cette question.
- En fait, cette partition est notée de manière à être jouée par deux instruments bien précis : l'ocarina et la guitare !
Link fut figé de stupeur pendant un court instant, faisant repartir de plus belle le fou rire du musicien, avant d'éclater de rire à la suite de ce dernier. Une fois calmés, tous deux prirent leur instrument et jouèrent séparément une première fois leur partie de mélodie. Une fois bien certains de la connaître, ils déposèrent le bâton de Majora au sol et reculèrent de quelques pas. Les yeux tournés vers ceux de son compagnon vêtu de vert, Mikau ne put s'empêcher de décompter à la manière des rockers.
- Un, deux… et un, deux, trois, go !
Ils commencèrent parfaitement en même temps, un exploit pour deux personnes n'ayant jamais joué ensemble. Les notes claires de l'Ocarina du Temps s'accordaient parfaitement aux accords mélodieux de la guitare zora. La mélodie s'éleva dans les airs et emplit toute la pièce. Quand ils arrivèrent au bout de la partition, les deux interprètes baissèrent leurs instruments et attendirent de voir quel effet la mélodie magique produirait.

A peine une seconde après la fin de la musique, le bâton de Majora se mit à frémir. Sous les regards étonnés des deux héros, il s'éleva doucement dans les airs et flotta à environ un mètre du sol. Un cœur de voix surnaturelles s'éleva de nulle part, reprenant l'Hymne de la Restauration. En dessous de l'artefact, le sol devint peu à peu lumineux. Le Protectra s'y dessina, paré des quatre couleurs des Esprits anciens. L'artefact magique se mit alors à tournoyer dans les airs, doucement. Une légère brise sembla s'élever du sol, soulevant des volutes vertes d'une matière indéfinissable autour de l'endroit où le symbole Jarunien apparaissait. Ces volutes prirent de la vitesse au sein du courant d'air et finirent par se soulever complètement du sol. Elles vinrent alors envelopper les deux héros. Inquiets, tous deux échangèrent un regard tout en se laissant faire. Brusquement, une lueur verte apparut et ils remarquèrent avec stupéfaction que c'était d'eux qu'elle émanait. De minces filaments d'un vert émeraude jaillissaient de leur poitrine et se rassemblaient en formant une sphère lumineuse à la hauteur de leurs épaules, une pour chacun. Paralysés par la stupeur, tous deux virent les deux sphères émettre un léger flash lorsque les derniers filaments issus de leurs poitrines respectives s'y furent incorporés. Les sphères vertes flottèrent alors doucement vers le centre de la pièce, où se trouvait le bâton de Majora. Une fois arrivées là, juste au-dessus de l'artefact, elles entamèrent un étrange ballet circulaire, se rapprochant de plus en plus jusqu'à ce qu'elles finissent par se fondre en une seule. A ce moment précis, la sphère résultant de la fusion des deux premières partit comme une flèche vers le ciel, passant par l'ouverture du toit sous laquelle se trouvait justement le bâton et l'apparition du Protectra. Intrigués, les deux héros se rapprochèrent d'un pas. A ce moment, un large rayon vert émeraude tomba du ciel et vint frapper le sol du Temple. A peine remis de leur surprise, les deux compagnons virent un second rayon tomber du ciel, bleu roi cette fois. Un troisième rejoignit les deux autres, de couleur rouge vif. Alors que Mikau, médusé, se demandait ce qui pouvait bien se passer, l'Hylien murmura à mi-voix :
- Les Déesses…
Le Zora comprenant enfin le pourquoi des sphères, tous deux baissèrent les yeux. Sur le sol, la Sainte Triforce était en train d'apparaître en surimpression du Protectra. A peine eut-elle fini d'apparaître que les rayons disparurent.
Le bâton, toujours tournoyant sur place, se remit alors à briller de son étrange aura azurée. Les deux symboles sacrés, jusqu'à maintenant parés de leurs couleurs respectives, virèrent tous deux au doré et entamèrent une lente ronde, tournant sur eux-mêmes en parfait synchronisme. L'artefact magique, quant à lui, accéléra son mouvement jusqu'à ce qu'il soit impossible de le suivre des yeux. Une sphère de lumière azur se forma autour de lui et se mit lentement à grossir. Un fort courant d'air balayait la pièce à présent, rabattant les cheveux blonds de l'Hylien sur son visage. Le Zora sentait sa peau picoter de mille petits chocs électriques, l'air était saturé de magie. La sphère azurée grandissant toujours, les deux héros voulurent reculer, mais des volutes vertes de tout à l'heure les maintinrent en douceur à leur place. Tous deux échangèrent alors un regard confiant, mais légèrement tendu. Chacun put lire sa propre inquiétude dans les yeux de l'autre. Prenant une grande inspiration, ils reportèrent leur regard vers le centre de la pièce. La sphère avait stoppé sa croissance, mais les deux héros sentaient que le bâton de Majora continuait à accélérer, autant au bruit qu'au vent qui balayait la pièce avec de plus en plus de force.
Avec un bruit semblable à celui du verre qui se brise, la sphère se mit à grandir d'un seul coup avec une rapidité presque effrayante. L'arc azur toucha les deux envoyés de Farore en même temps. Tous deux sentirent leur corps s'alléger et se mettre à flotter. Ils eurent un instant de panique en se sentant comme… dispersés, mais l'impression céda rapidement la place à un formidable sentiment de liberté et de légèreté. Leur esprit fut emporté brusquement vers un lieu inconnu et l'arc d'énergie libéré se propagea alors à toute la Terre.
Son énergie libérée, le bâton de Majora retomba sur le sol de marbre avec un léger bruit. Il n'était plus qu'un bâton ordinaire, coloré de bleu. On entendit très vite un battement d'ailes se rapprocher. Une mouette passa par l'ouverture du toit et se posa à proximité de l'objet. Etendant ses ailes, la mouette se retransforma en mage en toge bleue. Un sourire aux lèvres, Kazof avança tranquillement jusqu'à l'artefact et le contempla un moment avant de le prendre en main. Il enfouit l'objet dans les plis de sa toge d'Ancien. Il promena ensuite son regard sur le Temple, qui était redevenu parfaitement normal. Sur le sol, aucun des deux symboles sacrés n'était plus visible. Poussant un très long soupir de soulagement, Kazof murmura :
- Nous avons accompli notre destinée, tout va rentrer dans l'ordre… Pour un temps du moins.
Ayant vécu plus longtemps que la plupart des vivants, il savait que la paix ne s'installait jamais que pour un temps. Il faudrait encore bien des années avant que tous n'apprennent la sagesse, mais il ne perdait pas espoir. Il repensa à ses deux visiteurs. Un musicien Zora et un jeune garçon de douze ans, une équipe plutôt disparate. Un sourire apparut néanmoins à nouveau sur ses lèvres. La confiance se lisait dans ses yeux quand il murmura :
- Le monde est entre de bonnes mains.
Puis, il reprit sa forme de mouette et s'envola.

Leur conscience flottant avec l'arc d'énergie, Link et Mikau pouvaient voir tout ce qui se passait à tel endroit de la vague azurée rien qu'en y pensant. Le pouvoir de l'Hymne de la Restauration ne s'attarda pas beaucoup à Jarunia, les Esprits avaient rétabli presque tout. Au passage du désert, toute la tribu du Peuple des Sables fut rendue à la vie. Les deux compagnons purent voir leur amie Lune des Sables retrouver son peuple. Pleurant de joie, elle se jeta dans les bras d'un couple assez âgé, sûrement ses parents d'adoption. Puis, essuyant ses larmes, elle alla serrer le bras d'un homme de haute stature avant de finalement le serrer dans ses bras. Le maître d'armes, probablement. N'ayant rien d'autre à réparer, la vague magique alla plus loin voir ce qu'il y avait à faire.
Termina était la suivante sur la liste et l'onde azurée se propageait rapidement. Sur son passage, tout rentrait dans l'ordre. Dans la Grande Baie, le théâtre Zora réapparut d'un seul coup. Les Indigo-go furent les premiers à sortir, clignant des yeux dans la lumière du soleil. Les Rapides de la Cascade revinrent à leur forme première et les frères Castors s'empressèrent d'aller vérifier si leur barrage n'était pas endommagé. Les fantômes qui avaient colonisé le Ranch Romani s'évanouirent dans les airs. Cremia, réapparue à l'endroit même de sa chute, se releva, l'air quelque peu perdue, tandis que Sicca s'ébrouait joyeusement à ses côtés. Tout poison disparut des Marais et de Bois Cascade. L'eau revenue à son niveau normal, les Mojos sortirent du Temple en pépiant de joie. Sur le passage de la vague azur, la neige disparut de la montagne, qui refleurit immédiatement. Libérés de leur gangue de glace, les Gorons échangèrent quelques "goro" perplexes. La Vallée Ikana fut débarrassée des monstres excédentaires et les Garos retournèrent sous terre. Les ruines furent remises dans l'état où elles étaient avant et la cabane musicale reconstruite. Le père et la fille tombèrent l'un dans les bras de l'autre. Bourg-Clocher fut remis en état le temps d'un claquement de doigts. Tous les habitants se relevèrent, échangeant des regards perdus. Le hibou vint se poser sur sa statue du quartier sud, remise en état comme les autres, et ébouriffa ses plumes en hululant de contentement. Loin de s'attarder, l'énergie de l'Hymne de la Restauration partit plus loin encore réparer les torts causés par Xercoraid.
En Hyrule, Zelda, les manches de sa robe retroussées jusqu'aux coudes, aidait à la cuisine. En attendant la reconstruction des villages, tout le monde pouvait venir manger au Château. La Princesse pétrissait avec énergie une pâte à pain quand les cris des sentinelles retentirent. Ne prenant même pas la peine d'essuyer ses mains, elle monta sur les remparts et vit la vague azur qui approchait. Elle allait ordonner aux soldats de se mettre à leurs postes mais son instinct l'en empêcha. Baissant les yeux sur le dos de sa main, elle vit que la Triforce de la Sagesse brillait plus que jamais. Elle décida donc de faire confiance aux Déesses et ordonna aux hommes d'abaisser leurs armes. Elle garda les yeux ouverts quand l'arc d'énergie passa sur eux. A peine quelques secondes plus tard, elle clignait des yeux dans la lumière du soleil.
- C'est moi où est-ce que le Ranch Lonlon est à nouveau sur la colline d'en face ? s'étonna un garde.
Ouvrant de grands yeux sous l'effet de la surprise, la jeune fille vit que le ranch de Talon était effectivement de retour à sa place. Ceux qui travaillaient dans la plaine manifestaient tant leur joie qu'on les entendait jusqu'au Palais. Tandis que les sentinelles, incrédules, criaient la nouvelle à ceux ouvrant en contrebas, la Princesse se pencha par-dessus les créneaux au mépris total de la prudence, tentant de voir s'il en était de même pour le village Cocorico et les autres habitations. Sa main dérapa sur la pierre et elle se sentit basculer. Elle ouvrit la bouche pour crier mais la referma en sentant une poigne familière la retenir par sa ceinture. Ramenée avec fermeté sur le chemin de ronde, Zelda hésita à se retourner, craignant de trop espérer.
- Princesse, ne vous ai-je pas déjà dit de ne pas vous pencher par les créneaux ?
Un sourire aux lèvres, la jeune fille se retourna vers la personne à qui appartenant cette poigne et cette voix reconnaissables entre toutes : Impa. La sage de l'Ombre souriait légèrement à sa protégée. Heureuse de la retrouver, Zelda lui sauta au cou. Par-dessus l'épaule de sa nourrice, elle vit que les six autres sages étaient eux-aussi revenus à la vie, leurs tombes s'étant volatilisées des jardins. Saria, accueillie avec joie par les autres Kokiris réfugiés au Château, parlait avec animation à Rauru et Ruto. De leur côté, Nabooru et Darunia échangeaient leurs points de vue avec… "animation" : la Gerudo, penchée en avant pour être au niveau du Goron, avait rapproché son visage du sien tandis que le Goron se redressait de toute sa taille pour paraître plus grand. Tous deux rouges de colère, ce serait à celui qui crierait le plus fort pour imposer ses idées. Zelda partit d'un grand rire soulagé, heureuse que tout soit rentré dans l'ordre.

Après s'être enivrés du sentiment de liberté apporté en faisant partie d'une puissance magique telle que celle libérée par le bâton de Majora, les deux héros se retrouvèrent brusquement perchés en haut des falaises bordant la Grande Baie. Le soleil s'inclinait déjà vers l'ouest, la fin de l'après-midi s'annonçait. Un peu sonnés, ils échangèrent tous deux un regard… avant d'éclater de rire.
- Eh bien, commenta Mikau, les poings sur les hanches, retour au point de départ !
- Oui, mais le point de départ est en bien meilleur état : regarde !
Le Zora se retourna et vint aux côtés de l'Hylien, qui regardait en direction de la Plaine Termina. La voir ainsi redevenue elle-même, après l'avoir parcourue alors qu'elle était ravagée, mettait du baume au cœur. Le jeune héros était même heureux de revoir cet affreux volatile disgracieux qui n'arrêtait pas de lui voler ses affaires, lequel voletait au-dessus de son terrain de chasse préféré. Le Kokiri d'adoption voulut le faire remarquer à son compagnon mais s'aperçut que ce dernier n'était plus à ses côtés. Il s'était retourné du côté de la Grande Baie, et Link se doutait un peu de ce qu'il devait regarder. Il se retourna et vint se mettre à côté de lui. Comme il le pensait, le musicien regardait vers le Théâtre Zora, où plusieurs de ses congénères fêtaient leur retour en jouant dans l'eau. Le guitariste poussa un long soupir.
- Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda Link.
S'arrachant à sa rêverie, le Zora répondit par une question :
- Faire à propos de quoi ?
- Ben… de ta vie !
- Ma vie ? Je te rappelle que je suis mort !
L'air taquin de Mikau indiquait clairement au Kokiri d'adoption qu'il le faisait exprès.
- Oh, tu m'as très bien compris, ne fais pas encore l'andouille ! Tu es revenu, mon vieux ! Alors, tu vas retourner vivre avec eux ?
Haussant les épaule avec une sorte de tristesse, le musicien répondit :
- Je ne sais pas, Link… Je suis de retour, c'est un fait, mais je ne suis jamais qu'un esprit. Je n'ai plus vraiment ma place dans ce monde.
Il se tourna pour regarder le jeune héros dans les yeux et termina :
- Qu'est-ce qu'un pauvre fantôme comme moi irait faire avec eux ? Je suis mort…
Les poings sur les hanches, l'air faussement indigné, le héros du Temps répliqua :
- Tu es peut-être mort, il n'empêche que tu es bien là !
Il tendit la main vers le Théâtre Zora.
- Ces Zoras ont vraiment eu de la peine en te perdant. Je te jure que, lorsque j'ai dû leur dire que je n'étais pas toi, ça a été l'annonce la plus difficile que j'aie eue à faire. Alors, tu n'y couperas pas ! On va descendre de ce rocher et tu vas aller leur dire que tu es de retour !
Un sourire en coin aux lèvres, le Zora demanda :
- Sinon ?
- Sinon, esprit ou pas, je vais te prendre par la queue de poisson qui te pend derrière le crâne et je t'y traîne moi-même ! répondit l'Hylien avec le même sourire.
Ils éclatèrent à nouveau de rire. Une grande clameur venant d'en bas attira leur attention. Mikau fit quelques pas et trouva un endroit d'où il avait une vue plongeante sur le défilé menant à la plage.
- Ouh ! commenta-t-il. Tout Bourg-Clocher s'est déplacé ! Tu devrais voir ça, c'est rare de voir autant de monde…
- Je les vois, ils arrivent sur la plage ! Et les Zoras arrivent !
Portant son regard vers la plaine, Mikau annonça :
- Tu ne vas jamais me croire !
- Dis toujours !
- Les Gorons ont quitté leur montagne, et ils viennent par ici !
L'Hylien quitta immédiatement son poste d'observation pour voir ce prodige de lui-même.
- Les Gorons qui quittent leur montagne, c'est exceptionnel… commenta-t-il.
Une autre clameur venant de la plage les fit retourner à leur premier poste d'observation.
- C'est un jour d'exception, décidément ! s'exclama Mikau.
En effet, les Femmes-Pirates avaient quitté l'abri de leur Forteresse pour se joindre à la liesse générale.
- Mikau, pince-moi !
- Pourquoi ? demanda l'interpellé, étonné.
- Je vois une femme-pirate et Japas qui esquissent un pas de danse ! Je dois rêver, c'est pas possible…
Mikau vérifia par lui-même et partit d'un grand rire en les voyant.
- Sacré Japas ! Il ne fera décidément jamais rien comme tout le monde !
Les Gorons arrivèrent sur la plage à leur tour. Tandis que le musicien les regardait, l'Hylien se pencha un peu au-dessus du vide.
- C'est bizarre, je ne vois pas Anju…
Mikau se releva et voulut aider son compagnon à la chercher. Alors qu'il revenait vers lui, le héros du Temps dérapa sur une plaque de lichens et bascula dans le vide.
- Link !
Mikau se précipita, tendit la main sans réfléchir… et réussit à agripper le poignet de Link. Le Zora remonta son compagnon sur le sol ferme avant de laisser libre cours à son étonnement. Aussi ébahis l'un que l'autre, ils restèrent un long moment sans bouger. Finalement, le guitariste lâcha le poignet de son compagnon et contempla sa main avec incrédulité. Le jeune héros avança timidement la main vers son compagnon de route et la lui posa sur l'épaule. Un geste d'apparence simple mais qui avait une tout autre dimension pour eux deux.
- Link, qu'est-ce qui m'arrive ? demanda Mikau.
Haussant d'abord les épaules, le Kokiri d'adoption avisa le pagne vert qui ceignait les reins du Zora et une idée lui vint à l'esprit.
- Les Déesses…
- Quoi, les Déesses ?
Le regard bleu océan du jeune héros se planta dans les prunelles noires de son ami.
- Farore. En récompense de ta loyauté et de ton courage, elle t'a rendu la vie qu'on t'a prise…
Contemplant ses mains, Mikau osait à peine y croire.
-Alors, je suis…
- Vivant. Tu l'es autant que moi !
La joie transfigura le visage du Zora.
- Je suis vivant ! s'écria-t-il. Je vais pouvoir terminer tout ce que je voulais faire ! Y'a des tas de musiques qu'il faudra que je passe à Japas et…
Tout à son allégresse, Mikau stoppa soudain en voyant la tête que faisait son compagnon.
- Eh, qu'est-ce qu'il y a ?
Haussant les épaules, le jeune héros répondit :
- Oh, rien… Maintenant que tu as retrouvé ta vie, tu vas retourner auprès des tiens. C'est normal, je suis très heureux pour toi… Mais tu… tu vas me manquer.
Un sourire aux lèvres, le Zora mit un genou à terre pour être à la hauteur du héros du Temps et lui posa la main sur l'épaule.
- Oh, tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement !
L'Hylien le regarda avec surprise.
- Avec tout ce qu'on a vécu, tu croyais que j'allais te laisser tomber ? continua l'ex-esprit. Pas question ! On a plein de coups à organiser tous les deux !
Un franc sourire éclaira le visage du Kokiri d'adoption. Redevenant un peu plus sérieux, il dit au Zora le regard perdu vers l'océan :
- Tu sais, Mikau… A Hyrule, après avoir vaincu le Mal, j'étais devenu une légende vivante. Mais j'étais fatigué par tous ces combats que j'avais eus à mener. Alors, je suis parti… J'ai commencé une quête secrète personnelle. Je cherchais un ami…
Ses yeux bleus revinrent vers Mikau. Ce dernier devança sa phrase :
- Et tu l'as trouvé, mon ami…
Les deux amis tombèrent dans les bras l'un de l'autre.
Mikau se redressa ensuite et estima la distance jusqu'au sol du regard.
- On ferait mieux de passer par l'escalier secondaire, dit-il.
Link, qui essayait de récupérer quelque chose dans son sac, releva la tête.
- Je croyais qu'il était en cours de construction…
- En fait, il manque les dernières marches. Mais comme on est déjà en haut, ça va pas nous poser de problèmes. Tu viens ?
- J'arrive !
En effet, la descente fut aisée. Ils arrivèrent tous les deux ensemble sur la partie de la plage où tout le monde s'était rassemblé. La première à les reconnaître fut Epona, qui hennit de joie et fonça sur son maître au triple galop, manquant de le renverser. L'Hylien la caressa en riant, Mikau en profita pour faire pareil. Puis la nouvelle se répandit et les deux héros furent rapidement entourés de tout le monde. Les Zoras surtout exultaient de retrouver en vie leur guitariste préféré. Lulu, la chanteuse du groupe, sauta au cou de Mikau. Les joues de ce dernier virèrent à un violet soutenu, ce qui fit éclater de rire son ami vêtu de vert. Une fois que les premiers eurent congratulé les héros, ils furent tous deux hissé sur les épaules de quelques-uns et furent ainsi portés en triomphe jusqu'à Bourg-Clocher, où le Milk Bar fit une ouverture exceptionnelle.

Finalement, aux alentours de quatre heures du matin, les deux amis purent enfin se retirer dans leur chambre, au premier étage de l'auberge.
- Ouf ! Quelle fête, par Nayru ! s'exclama Link en refermant la porte.
- Tu l'as dit, répondit Mikau en se laissant tomber sur l'un des lits, je suis épuisé !
Avec un léger rire, l'Hylien jeta son bonnet sur la table, s'assit sur l'autre lit et répliqua :
- Allez, c'est pas pire que de traverser le désert, non ?
Le Zora se releva sur un coude et lança :
- Tiens, puisque tu m'y fais penser ! J'ai quelque chose pour toi…
- Pour moi ?
Le musicien se releva et alla chercher le sac du Kokiri d'adoption. Il le fouilla quelques instants avant d'en retirer le fameux tube de carton qu'il avait demandé à Link de porter.
- Tiens, lui dit-il en le lui lançant. Ouvre-le !
Intrigué, le jeune héros commença à décacheter le paquet mystérieux.
- En quel honneur ? demanda-t-il en même temps.
- Eh bien, commença le guitariste en s'asseyant sur son propre lit, comme tu m'as aidé à surmonter ma peur des déserts, je me suis dit qu'il fallait te rendre la pareille…
L'Hylien vint à bout de la fermeture et put enfin ouvrir le mystérieux tube. Il en sortit une dizaine de feuilles de parchemin. Sur chacune s'étiraient des portées couvertes de notes de musique et, juste en dessous, des paroles tracées d'une drôle d'écriture un peu tremblotante.
- Ca ressemble fort à une nouvelle chanson, Mikau… lâcha le jeune héros avant de reporter son regard vers son ami.
- C'en est une, répondit l'interpellé. Et tu auras remarqué que c'est un duo.
Avec un sourire en coin et un clin d'œil malicieux, il ajouta :
- Et si on s'occupait de ton petit problème, Link ?
Le héros du Temps considéra la question, puis rendit son sourire au Zora. Il tenterait le coup. L'Hylien regarda alors à nouveau les partitions de la chanson composée par Mikau. Tout en haut de la première feuille, le titre, qui lui plut immédiatement : "Être un héros".



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