Le Réveil des Esprits
Chapitre 48
FanFics créé par Mikaua!
Le soir venu, une bonne moitié de Termina s'était rassemblée
au Milk Bar, qui ouvrait une nouvelle fois ses portes aux non-membres. Kafei
et le père d'Anju avaient transporté plusieurs tables et chaises
de l'Auberge au Bar, mais même ainsi, ça avait été difficile
de caser tout le monde. A une table près de la scène, on trouvait
Anju et Kafei, attablés en compagnie du père d'Anju, qui voulait
surveiller sa fille, de Geera et de Japas, qui avait apparemment pris d'affection
la femme-pirate. A la table à côté, les autres membres
des Indigo-go s'étaient serrés pour faire de la place à Cremia
et au sorcier de l'Observatoire, et Lulu avait perché Romani sur ses
genoux. Plusieurs Gorons s'alignaient le long du mur du fond, tous debout,
sauf l'Ancêtre qui avait pris une chaise à cause de son grand âge.
Le reste des Zoras se serraient autour de deux tables, et plusieurs avaient éludé le
problème des sièges en s'asseyant sur la table. Les places attablées
restantes étaient occupées par les habitants de Bourg-Clocher,
même le maire était là. L'escalier était à présent
impraticable, car les Mojos s'étaient assis sur ses marches. Le Roi
et sa fille avaient investi les plus hauts degrés, arguant qu'ils verraient
mieux de là. Perchés au plafond, trois petits singes attendaient
sagement le début de la représentation, malgré tous les
efforts que le tenancier avait déployés pour les renvoyer dehors.
Taya et Taël s'étaient posés sur le lustre, lumières
parmi la lumière. Koume et Kotake, elles, étaient passées
derrière le comptoir et s'amusaient bien. Les deux sœurs jumelles
s'étaient découvert une passion pour les cocktails, qui n'étaient
somme toute pas si différents des potions - mis à part
qu'ils n'explosaient pas s'ils étaient mal dosés. L'heureux gérant
du Milk Bar avait ainsi vu sa carte des boissons quadrupler en moins de deux
heures. Les sorcières commençaient à présent à être
un peu pompettes, à force de se faire goûter l'une l'autre leurs
créations culinaires… Un joyeux brouhaha emplissait la salle,
sans qu'aucune dispute vienne troubler cette atmosphère d'attente patiente. Fin
L'Hylien salua le portier et entra directement dans le Milk Bar. Lui et Mikau
n'avaient même pas besoin de s'affubler de leurs casquettes de membre,
ils étaient admis d'office. Descendant les marches de bois de l'escalier,
le jeune héros jeta un coup d'œil circulaire. En cette période
de la journée, le bar était désert. Il n'y avait que Mikau,
assis en tailleur au bord de la scène, qui jouait quelques mesures sur
sa guitare.
- Salut l'artiste ! lança le Kokiri d'adoption.
Mikau releva la tête en souriant.
- Salut la fine lame ! répondit-il. Ca va ?
- A merveille. Anju m'a dit que tu avais filé ici à peine une heure
après le lever du soleil…
Sentant la remarque cachée, le musicien posa sa guitare et laissa pendre
ses jambes dans le vide.
- J'ai jamais eu besoin de beaucoup de sommeil…
Sourire aux lèvres, l'Hylien posa son panier sur une table proche de la
scène.
- Peut-être, mais comme tout le monde, tu as besoin de manger ! Attrape
!
Le Zora reprit au vol la pomme que lui lançait son compagnon. Il remercia
et croqua dedans. Link vint s'asseoir à côté de lui.
- Au fait, demanda le guitariste après avoir terminé sa bouchée,
tu as revu Taya et Taël depuis leur retour ?
- Oui, hier.
- Et ?
L'Hylien haussa les épaules.
- Et rien. Taya semble décidée à faire comme si rien de
spécial de s'était passé. Moi ça ne me dérange
pas le moins du monde, du moment que ça lui convient… Et toi ?
- Oui, ils sont venus au Théâtre hier aussi. Ils te cherchaient.
Au fait, c'est moi qui me fais des idées ou Taël a… mûri
?
- Ah, toi aussi tu as eu cette impression ?! Tu as dû déteindre
sur lui !
Les deux amis éclatèrent de rire. Finalement, le Zora demanda :
- Alors, on la répète, cette chanson ?
Comme l'Hylien acquiesçait, Mikau tendit le bras derrière lui et
attrapa les partitions. Tous deux se relevèrent, le musicien installa
les feuilles sur un trépied et reprit sa guitare.
- On est au point, il reste juste à peaufiner les détails. Encore
heureux, d'ailleurs, c'est ce soir qu'on joue…
- Ne me le rappelle pas, je suis déjà assez nerveux comme ça
!
Mikau se tourna vers l'Hylien, qui avait pâli rien qu'à l'idée
de monter sur scène.
- Arrête de te tracasser ! lui lança-t-il. Je suis monté sur
scène des dizaines de fois et ça ne m'a pas tué…
Haussant les épaules avec un air pas très convaincu, l'Hylien se
remémora les paroles et ils commencèrent leur répétition.
Dans les coulisses, Mikau retrouvait avec plaisir l'atmosphère si particulière
qu'on ne peut trouver qu'à la première présentation d'une
nouvelle chanson. Il y avait un picotement dans l'air, une sorte de petite
décharge électrique que le musicien redécouvrait à chaque
fois. Respirant profondément, il se dit qu'il n'échangerait sa
place pour rien au monde ! Avisant une horloge pendant au mur, il se rendit
compte que l'heure approchait et attrapa sa guitare. Puis, il se mit à la
recherche de Link, qui devait être quelque part dans les coulisses. Etrangement,
le Zora n'arriva pas à le retrouver. Craignant un moment qu'il ne se
soit enfui, il se mit à le chercher avec un peu plus de fébrilité.
Finalement, il le vit, derrière le rideau qui masquait la scène,
et il poussa un discret soupir de soulagement. Il grimpa sur l'arrière-scène
et s'approcha du Kokiri d'adoption. L'Hylien ne faisait aucun mouvement. La
main sur le rideau, il l'avait légèrement écarté et
scrutait la salle, le regard fixe. Mikau, regardant au-dessus de sa tête,
vit à quel point la salle était bondée. Avec une grimace
ennuyée, il prit d'autorité le rideau et le referma. L'Hylien
sembla alors revenir à la réalité et leva les yeux vers
le Zora. Ce dernier lui sourit, mais le jeune héros se détourna
et alla s'asseoir au bord de l'arrière-scène, la tête entre
les mains. Le musicien posa sa guitare et vint s'accroupir à côté de
lui.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Mikau.
- Mikau… je ne peux pas !
- Tu te fiches de moi ?
- Non ! s'emporta le Kokiri d'adoption. Tu as vu tout le monde qu'il y a ?!
Je ne peux pas !
- Mais si tu peux ! contredit le Zora.
- Ah oui ?! Regarde un peu !
Le jeune héros tendit le bras, sa main tremblait fortement.
- Tu vois à quel point je suis nerveux ? Je suis au bord de la crise
de nerfs !
- Tu ne vas pas me dire qu'après avoir battu Xercoraid, tu ne vas pas
réussir à monter sur scène ?
- Je préférerais mille fois affronter ce sorcier encore une fois
de plus plutôt que de me retrouver à chanter devant ces gens !
Il baissa la tête et dit d'une petite voix.
- Je vais me ridiculiser, une fois de plus.
Secouant doucement la tête, le musicien posa doucement sa main sur l'épaule
de son ami et chercha son regard.
- Non, tu ne vas pas te ridiculiser.
Le jeune héros poussa un soupir montrant clairement qu'il n'en croyait
pas un mot.
- Là, c'est différent, Link. Cette chanson, à part moi,
personne ne la connaît - et, rassure-toi, c'est pas moi qui vais
râler si tu te trompes - donc ils ne s'en rendront même pas
compte si tu oublies une partie du texte !
L'Hylien n'émettant aucune objection, le guitariste continua sur sa
lancée.
- De plus, tu ne seras pas seul sur scène. Je serai là, juste à côté de
toi. Si je vois que ça ne va pas, je peux facilement tout arranger !
Je n'ai qu'à rallonger la musique et tu auras tout le temps de te calmer…
Ayant enfin pu trouver le regard du jeune garçon, Mikau ajouta, ses
yeux plantés dans les siens :
- Tu ne seras pas seul, mon ami.
Un peu rassuré, l'Hylien laissa un timide sourire étirer ses
lèvres. Le Zora se releva alors et lui tendit la main.
- Allez, viens. On a un triomphe à faire !
Le héros du Temps acquiesça et prit la main qu'on lui tendait.
Une fois debout, il se dirigea vers le rideau. Mikau attrapa sa guitare et
s'avança lui-aussi. Link marqua un temps d'hésitation devant
la tenture rouge, mais son ami Zora posa sa main sur son épaule et l'entraîna
sur le devant de la scène.
Le silence se fit dès qu'ils apparurent. L'Hylien sentit nettement le
sang se retirer de son visage. Le musicien s'en rendit compte et attira l'attention
sur lui en plaquant quelques accords sur sa guitare, l'air de l'accorder. Tous
les regards se tournèrent vers lui et le jeune héros put prendre
ces quelques précieuses secondes pour se calmer. Une fois prêt,
enfin autant que possible, il fit un très discret signe de tête
au Zora. Comprenant immédiatement, ce dernier décompta à voix
basse puis se mit à jouer. L'introduction sembla passer comme un éclair
au jeune héros. Mais les accords de guitare qui emplissaient maintenant
la pièce le rassuraient un peu. C'était déjà moins
effrayant d'être sur scène quand il n'y avait pas que le silence
pour vous répondre. Mais il n'avait qu'à jeter un coup d'œil à toutes
ces personnes, qui avaient pour le moment le regard fixé sur Mikau,
pour qu'il lui semble avoir avalé du plomb plutôt que de la tarte
aux pommes à son dernier repas. Paniqué, Link entendit que l'introduction
musicale touchait à sa fin. Le Zora se tourna vers lui et, remarquant
son trouble, lui fit un clin d'œil. L'Hylien sourit discrètement,
crispé au possible. Heureusement pour lui, le musicien avait jugé préférable
de prendre le premier couplet.
L'aisance sur scène du Zora était propre à ficher des
complexes à n'importe qui. On le sentait aussi à l'aise pour
chanter devant des centaines de personnes ou une seule et il donnait l'impression
de jouer la musique sans même avoir à y penser… Quand la
voix de Mikau s'éleva, le jeune héros ne put s'empêcher
de tendre l'oreille avec toute la salle, même s'il connaissait les paroles
par cœur. La chanson commença :
- Qui n'a jamais rêvé d'être un jour un héros ?
On veut être admiré, pouvoir changer son sort
Mais la vie du héros n'est pas de tout repos
La récompense qui l'attend est souvent la mort
La voix du Zora, chaleureuse comme à l'accoutumée, avait de véritables
vertus apaisantes, surtout sur son ami vêtu de vert. Quand le musicien
termina son couplet, il se mit à jouer une petite musique de transition,
qu'il pouvait rallonger à l'infini. Alors que ses entrailles faisaient
des nœuds, l'Hylien se rappela l'un des conseils du Zora : " Si c'est
le public qui te fait peur, n'y fais plus attention ! Tourne-toi vers moi et
imagine qu'on est toujours en répétition. Tu verras, ça
ira tout seul…". Respirant un grand coup, le héros du Temps
prit son courage à deux mains et fit un signe discret à son ami.
Avec un imperceptible hochement de tête, il passa à l'accompagnement
du second couplet. Tourné vers lui, Link se lança :
- On admire les héros, on vante leur courage
On voudrait tellement pouvoir leur ressembler
On narre leurs exploits, on chante leurs louanges
Et on se demande parfois ce qui les a poussés
Quand ce fut fini, Mikau lui fit un nouveau clin d'œil avant de se lancer
dans le troisième couplet. Le jeune garçon n'en revenait pas
: il avait chanté presque s'en rendre compte, les paroles et l'air lui étaient
revenus tout naturellement. Il se surprit même à hocher légèrement
de la tête en rythme pendant que le Zora chantait. Sans trop vouloir
se l'avouer, le Kokiri d'adoption commençait à se sentir à l'aise.
Jetant timidement un regard vers la salle, il vit que tous étaient sous
le charme et écoutaient attentivement ; même si Koume et Kotake,
accoudées au bar, glissaient dangereusement vers le côté droit
pour l'une, côté gauche pour l'autre. Il faillit pouffer de rire
en s'en rendant compte, puis revint au couplet en cours, que Mikau terminait
:
- Quand un héros perd les siens par les erreurs qu'il a faites
Que ceux qui lui étaient chers sont morts sous ses yeux
Alors c'est la rage au cœur qu'il entreprend sa quête
Pour venger ses amis trop tôt montés aux cieux
L'allusion au début de leur quête était évidente,
cela rappela des souvenirs au jeune Hylien. Le prochain couplet était
pour lui et faisait, cette fois, allusion à son passé. Cette
fois, le jeune garçon se résolut à affronter sa peur jusqu'au
bout et se força à regarder différentes personnes dans
la salle en chantant :
- D'autres fois le héros est simplement appelé
Il apprend, médusé, qu'il est le dernier espoir
Une telle destinée, il ne l'imaginait pas
Mais comme il débute, il avance un peu au hasard
Ca y est, il l'avait fait. Il avait regardé plusieurs personnes, et
il n'avait pourtant pas perdu tous ses moyens. Envolée la nervosité !
Maintenant, l'Hylien se sentait léger et libre. Et, en y réfléchissant
bien, il commençait même à aimer ça, être
sur scène. Les accords rock'n'roll de la guitare de Mikau emplissaient
la salle et accompagnaient les paroles en donnant plutôt l'impression
de les compléter. Japas, de sa table, adressa un signe d'encouragement
aux deux musiciens. Tous deux se rapprochèrent l'un de l'autre et chantèrent
ensemble le couplet suivant :
- Aller poursuivre son but par delà la mer
Combattre le mal encore, encore et toujours
Traverser des marais, ou même un désert
Si on est un héros, c'est le programme d'un jour
Même s'il les connaissait par cœur, Link se disait que Mikau avait
composé ces paroles avec brio. Le musicien s'inspirait largement de
leur quête, mais aussi un peu d'eux-mêmes, et ça plaisait à son
compagnon. De son côté, Mikau était heureux de voir que
le Kokiri d'adoption était enfin à l'aise. Bougeant au rythme
de la musique, on voyait que, maintenant, il adorait la scène. Le Zora
se surprit même à penser que son ami pourrait devenir un sacré musicien
avec un peu pratique. Les regards des deux amis se croisèrent et ils
devinèrent l'un l'autre qu'ils pouvaient risquer un peu de mise en scène.
Les héros, qui avaient chanté jusque-là face à face,
se mirent dos à dos pour l'ultime couplet et c'est presque en riant
qu'ils l'entonnèrent :
- A plein d'occasions il pourrait retourner, mais non
Pour raccrocher ses armes, il attendra la fin
Car être un héros, c'est bien plus qu'une vocation
Ce n'est pas un choix… On le devient !
Un sourire aux lèvres, Mikau se lança dans une de ces envolées
d'accords dont il avait le secret et que Japas avait surnommé, à l'époque,
les "gratouillages de Mikau". Link se redressa et se tourna avec
un air disant "ah tu le prends comme ça !" vers le Zora, qui
termina son envolée et revint à la mélodie finale. Un
sourire en coin aux lèvres, Link sortit l'Ocarina du Temps et improvisa,
sous le regard admiratif de Mikau qui continuait sur la mélodie prévue,
une sorte de mélodie parallèle qui rejoignit celle prévue
pour le final. Côte à côte, les deux amis firent retentir
le dernier accord.
Les dernières notes frémirent encore un instant dans l'air avant
de s'éteindre. Pendant une seconde ou deux, il régna un silence
presque oppressant et les deux interprètes échangèrent
un regard inquiet. Puis, le public sortit se sa "transe" admirative
et un tonnerre d'applaudissements ébranla la salle, mêlé de
sifflements enthousiastes et de cris de félicitation. Il y eut même
un ou deux jeunes Zoras un peu tapageurs, debout sur les tables, qui demandèrent
un "bis", appuyés par Cremia et Romani. Emplis de fierté,
les deux interprètes saluèrent leur public, qui redoubla d'applaudissements.
Mikau se tourna vers le jeune Hylien et lui donna une claque amicale sur l'épaule.
- Alors, est-ce que c'était si terrible ? demanda-t-il, goguenard.
Avec un sourire rayonnant, le Kokiri d'adoption répondit :
- Ben, pas tant que ça…
Sous le regard moqueur du Zora, il ajouta en riant :
- D'accord, j'avoue que je commence à aimer ça !
- Tu verras, je ferai de toi un vrai musicien de scène, avec le temps
!
Alors que la majorité de la salle reprenait l'idée des jeunes
Zoras et demandait un "bis", le musicien s'avança et demanda
le calme en levant une main.
- Désolé, les amis, mais je crois qu'une seule fois suffit pour
ce soir…
Il dut ensuite élever la voix pour se faire entendre malgré les
protestations.
- Mais… Mais je crois que nous avons ici quelques personnes qui voudront
peut-être nous régaler de quelques chansons…
Il s'accroupit devant la table des Indigo-go et demanda avec un petit air charmeur
:
- Lulu, tu veux bien faire ça pour moi ?
La chanteuse rit et répondit :
- Ok. Tu sais bien que je ne peux rien te refuser, Gueule d'amour !
- Merci.
Il se releva et annonça :
- Mes amis, le reste de la troupe des Indigo-go ! On les encourage !
Les applaudissements reprirent tandis que Lulu, Evan et Tijo se levaient de
leur table et que Japas s'excusait rapidement auprès de ses compagnons
de table avant de les accompagner. Mikau descendit le petit escalier qui permettait
de quitter la scène, suivi de Link. Il croisa Japas et lui passa sa
guitare en lui glissant un rapide "elle s'appelle revient", auquel
l'autre répondit par un léger coup de poing dans l'épaule
de l'ancien esprit. Quand le jeune héros croisa la chanteuse du groupe,
elle l'arrêta en posant légèrement sa main sur son épaule.
- Pas mal du tout pour un premier essai, Link, lui dit-elle avant de grimper
sur scène.
Un tel compliment venant de Lulu rendit le jeune héros extrêmement
fier, et un peu plus rouge qu'à la normale.
Les deux amis s'installèrent à la table, maintenant un peu plus
vide, des sœurs Romani et de l'homme de l'Observatoire. Tous trois félicitèrent
les deux interprètes, qui remercièrent avec modestie. Puis, leurs
compagnons de table reportèrent leur attention vers la scène.
Link en profita pour se pencher vers son ami :
- J'ai bien entendu ? Lulu t'a appelé "Gueule d'amour" ?!
demanda-t-il avec un petit air moqueur. C'est nouveau, ça !
Le musicien se racla la gorge d'un air ennuyé et chercha ses mots.
- Oui, tu as bien entendu ! lâcha-t-il enfin, rapidement. Mais non, ce
n'est pas nouveau. Ca date même du jour où je suis arrivé dans
le groupe.
Comme le guitariste s'arrêtait, l'Hylien le relança :
- Alors, raconte !
Comprenant qu'il n'y échapperait pas, Mikau soupira et reprit le fil
de son récit.
- En fait, le groupe était déjà presque constitué.
Il ne leur manquait qu'un second guitariste. Pour la sélection finale,
j'ai dû passer avec deux autres devant le manager et le reste du groupe.
Ce jour-là, j'étais si nerveux que je me suis emmêlé dans
la courroie de ma guitare. Violet de honte, j'essayais de défaire les
nœuds quand Evan a lancé "Celui-là, il est pas prêt
de passer !". Japas a pris ma défense en répliquant "Comme
si t'avais jamais eu le trac ! Lâche-le un peu, on verra ce qu'il vaut
quand il jouera !". Evidemment, tout cela a attiré l'attention
de Lulu, qui discutait plus loin. Elle a tourné la tête vers moi,
m'a regardé attentivement de la tête aux pieds - me faisant
encore plus rougir au passage - et est allée s'asseoir sans un
mot. Ensuite, on nous a jugés et je suis passé en dernier. Quand
j'ai eu fini, le manager a demandé l'avis de tout le monde sur ma prestation.
Quand ça a été son tour, Lulu a juste dit : " La
petite gueule d'amour ? Dans une semaine il nous conquis le public !".
Depuis, le surnom est resté.
Le Kokiri d'adoption avait écouté l'anecdote avec amusement et
pouffa de rire en entendant la fin, tout en essayant de rester discret en espérant
ne pas vexer son ami. Le Zora, sourire aux lèvres, l'assura que ça
le faisait rire aussi, maintenant qu'il avait du recul.
Puis, il se leva et alla chercher deux boissons au bar auprès du gérant.
L'Hylien était perdu dans ses pensées. "Je me demande ce
qu'est devenu Kazof…", pensait-il.
"- Oh, je ne suis pas bien loin ! répondit une voix dans son esprit."
Surpris, le Kokiri d'adoption tourna la tête à gauche et à droite
sans pour autant reconnaître la silhouette de l'Ancien.
"- Plus haut ! ajouta le mage, amusé."
Levant les yeux, le jeune héros découvrit une mouette tranquillement
perchée sur une poutre. A la question muette du jeune garçon,
l'apparent oiseau répondit :
"- J'avais envie de vous revoir avant de partir… Et puis, je n'allais
tout de même pas manquer le concert de la décennie ?!"
Le jeune héros manqua de rougir à nouveau, mais demanda à la
place :
"- Et maintenant ? Qu'allez-vous faire ?"
"- Je vais m'en aller, tout simplement."
"- Pourquoi ?"
L'oiseau de mer regarda autour de lui, comme s'il pouvait contempler le paysage à travers
les murs.
"- Ce monde est à l'abri du Mal, pour un temps du moins. Ma tâche
ici et celle du bâton est terminée, plus rien ne me retient ici.
Je vais donc aller m'établir dans une autre dimension, là où je
pourrai être utile…"
"- Mais… vous dites que la paix n'est installée que pour un
temps ! Que se passera-t-il si on a besoin de vous ?"
"- Il existe d'autres Anciens. Mais je ne serai jamais bien loin de ceux
qui ont besoin de moi."
L'Ancien déploya ses ailes et les agita avec grâce, faisant apparaître
un nuage de particules argentées autour de lui.
"- Mais, tu sais… Je crois qu'avec toi et ton ami, le monde est entre
de bonnes mains. Tu as le Courage en toi."
Sur ces paroles énigmatiques, Kazof disparut.
Un peu sonné par son départ, le jeune héros resta immobile à fixer
la poutre où il se tenait. Finalement, ce fut Mikau, revenant avec deux
verres de cidre, qui le ramena à la réalité.
- Link ? Ca va ?
Secouant la tête pour s'éclaircir les idées, l'Hylien reporta
son regard vers son ami et lui raconta ce qui venait de se passer.
- Mais…termina-t-il. Je ne sais pas ce qu'il a voulu dire par : " Tu
as le Courage en toi"…
L'air d'abord pensif, le musicien répondit :
- En fait, il voulait dire que tu as le Véritable courage en toi. Le
courage de faire face à ses peurs et de les affronter. Le pouvoir de
vaincre ses peurs, ses propres zones d'ombre. Le pouvoir de la Lumière.
- Tu en es sûr ? demanda Link, l'air un peu dépassé.
Avec un sourire chaleureux, le guitariste désigna la main gauche du
héros du Temps.
- Certain. Et je crois même que Farore m'approuve…
Baissant les yeux, le jeune héros eut la surprise de voir que le symbole
de la Triforce du Courage brillait sur le dos de sa main d'une discrète
lueur dorée, comme un clin d'œil de la Déesse du Courage.
Quand il l'eut vu, la lueur s'éteignit et sa peau retrouva son aspect
habituel.
Soudain, un grand bruit de chute fit sursauter tout le monde et arrêta
les Indigo-go en plein refrain. Derrière le bar, les deux sorcières
un peu ivres, à force de glisser de côté, avaient fini
par tomber toutes les deux au sol. Tandis qu'elles se relevaient, quelque peu
dégrisées par leur chute, un éclat de rire général
secoua la salle. Les musiciens zoras reprirent leur chanson du début
et les autres convives retournèrent à leurs conversations. Les
deux héros s'entre-regardèrent et esquissèrent le même
sourire heureux. Ils étaient en vie, la paix était revenue et
ils étaient entourés des gens qu'ils aimaient. Que demander de
plus ? L'avenir restait à écrire et il serait bien assez temps
de s'occuper de la prochaine catastrophe quand elle arriverait. Mikau prit
son verre en main et le tendit vers le jeune Kokiri pour porter un toast.
- Aux aventures communes à venir !
Link prit son verre et le fit tinter contre celui de son compagnon.
- A l'amitié !
Après avoir prit une gorgée de leur cidre, les deux amis firent
claquer leurs paumes l'une contre l'autre, puis partirent d'un éclat
de rire joyeux. C'était peut-être la fin d'une quête, mais
l'aventure, elle, ne faisait que commencer pour eux deux.
(ou plutôt, à suivre ? …)
Remerciements :
- A Gigaonilink, pour son aide involontaire
- A BM (qui se reconnaîtra) de m'avoir inspiré le personnage de
Lune des Sables
- Et, surtout, à Fozak, pour m'avoir relue, corrigée, et surtout
encouragée tout au long de l'écriture de cette aventure.