Le Réveil des Esprits [Chapitre 48].

Le Réveil des Esprits
Chapitre 48

FanFics créé par Mikaua!

Sifflotant gaiement, Link sortit de l'auberge, un panier sous le bras, et se dirigea vers le Milk Bar. Cela faisait maintenant une semaine que lui et Mikau étaient rentrés de leur longue quête et ils logeaient toujours dans la même chambre de l'Auberge. Si le Zora passait souvent au Théâtre Zora, il sentait tout de même qu'il y avait à présent un décalage entre ses anciens compagnons et lui, et il était heureux de retrouver son ami Kokiri le soir venu. De plus, le père d'Anju leur offrait gracieusement l'hospitalité, même s'ils ne le voyaient guère souvent car il passait ses journées à chercher sa "dévergondée" de fille à travers toute la ville. Anju refusait de se séparer de son cher Kafei depuis qu'elle l'avait retrouvé ; la date du mariage avait, paraît-il, été fixée… La jeune femme avait d'ailleurs demandé à Geera d'être son témoin, et, à la surprise générale, la femme-pirate avait accepté. D'ailleurs, on voyait souvent Geera en ville, étonnant de la part d'une femme de son peuple. Vrai phénomène d'exception, elle avait même été acceptée de séjour au Théâtre Zora, la première depuis plus de deux cents ans. Les temps changeaient, tous les peuples de Termina semblaient un peu plus décidés à s'ouvrir aux autres et au monde extérieur.
L'Hylien salua le portier et entra directement dans le Milk Bar. Lui et Mikau n'avaient même pas besoin de s'affubler de leurs casquettes de membre, ils étaient admis d'office. Descendant les marches de bois de l'escalier, le jeune héros jeta un coup d'œil circulaire. En cette période de la journée, le bar était désert. Il n'y avait que Mikau, assis en tailleur au bord de la scène, qui jouait quelques mesures sur sa guitare.
- Salut l'artiste ! lança le Kokiri d'adoption.
Mikau releva la tête en souriant.
- Salut la fine lame ! répondit-il. Ca va ?
- A merveille. Anju m'a dit que tu avais filé ici à peine une heure après le lever du soleil…
Sentant la remarque cachée, le musicien posa sa guitare et laissa pendre ses jambes dans le vide.
- J'ai jamais eu besoin de beaucoup de sommeil…
Sourire aux lèvres, l'Hylien posa son panier sur une table proche de la scène.
- Peut-être, mais comme tout le monde, tu as besoin de manger ! Attrape !
Le Zora reprit au vol la pomme que lui lançait son compagnon. Il remercia et croqua dedans. Link vint s'asseoir à côté de lui.
- Au fait, demanda le guitariste après avoir terminé sa bouchée, tu as revu Taya et Taël depuis leur retour ?
- Oui, hier.
- Et ?
L'Hylien haussa les épaules.
- Et rien. Taya semble décidée à faire comme si rien de spécial de s'était passé. Moi ça ne me dérange pas le moins du monde, du moment que ça lui convient… Et toi ?
- Oui, ils sont venus au Théâtre hier aussi. Ils te cherchaient. Au fait, c'est moi qui me fais des idées ou Taël a… mûri ?
- Ah, toi aussi tu as eu cette impression ?! Tu as dû déteindre sur lui !
Les deux amis éclatèrent de rire. Finalement, le Zora demanda :
- Alors, on la répète, cette chanson ?
Comme l'Hylien acquiesçait, Mikau tendit le bras derrière lui et attrapa les partitions. Tous deux se relevèrent, le musicien installa les feuilles sur un trépied et reprit sa guitare.
- On est au point, il reste juste à peaufiner les détails. Encore heureux, d'ailleurs, c'est ce soir qu'on joue…
- Ne me le rappelle pas, je suis déjà assez nerveux comme ça !
Mikau se tourna vers l'Hylien, qui avait pâli rien qu'à l'idée de monter sur scène.
- Arrête de te tracasser ! lui lança-t-il. Je suis monté sur scène des dizaines de fois et ça ne m'a pas tué…
Haussant les épaules avec un air pas très convaincu, l'Hylien se remémora les paroles et ils commencèrent leur répétition.

Le soir venu, une bonne moitié de Termina s'était rassemblée au Milk Bar, qui ouvrait une nouvelle fois ses portes aux non-membres. Kafei et le père d'Anju avaient transporté plusieurs tables et chaises de l'Auberge au Bar, mais même ainsi, ça avait été difficile de caser tout le monde. A une table près de la scène, on trouvait Anju et Kafei, attablés en compagnie du père d'Anju, qui voulait surveiller sa fille, de Geera et de Japas, qui avait apparemment pris d'affection la femme-pirate. A la table à côté, les autres membres des Indigo-go s'étaient serrés pour faire de la place à Cremia et au sorcier de l'Observatoire, et Lulu avait perché Romani sur ses genoux. Plusieurs Gorons s'alignaient le long du mur du fond, tous debout, sauf l'Ancêtre qui avait pris une chaise à cause de son grand âge. Le reste des Zoras se serraient autour de deux tables, et plusieurs avaient éludé le problème des sièges en s'asseyant sur la table. Les places attablées restantes étaient occupées par les habitants de Bourg-Clocher, même le maire était là. L'escalier était à présent impraticable, car les Mojos s'étaient assis sur ses marches. Le Roi et sa fille avaient investi les plus hauts degrés, arguant qu'ils verraient mieux de là. Perchés au plafond, trois petits singes attendaient sagement le début de la représentation, malgré tous les efforts que le tenancier avait déployés pour les renvoyer dehors. Taya et Taël s'étaient posés sur le lustre, lumières parmi la lumière. Koume et Kotake, elles, étaient passées derrière le comptoir et s'amusaient bien. Les deux sœurs jumelles s'étaient découvert une passion pour les cocktails, qui n'étaient somme toute pas si différents des potions - mis à part qu'ils n'explosaient pas s'ils étaient mal dosés. L'heureux gérant du Milk Bar avait ainsi vu sa carte des boissons quadrupler en moins de deux heures. Les sorcières commençaient à présent à être un peu pompettes, à force de se faire goûter l'une l'autre leurs créations culinaires… Un joyeux brouhaha emplissait la salle, sans qu'aucune dispute vienne troubler cette atmosphère d'attente patiente.
Dans les coulisses, Mikau retrouvait avec plaisir l'atmosphère si particulière qu'on ne peut trouver qu'à la première présentation d'une nouvelle chanson. Il y avait un picotement dans l'air, une sorte de petite décharge électrique que le musicien redécouvrait à chaque fois. Respirant profondément, il se dit qu'il n'échangerait sa place pour rien au monde ! Avisant une horloge pendant au mur, il se rendit compte que l'heure approchait et attrapa sa guitare. Puis, il se mit à la recherche de Link, qui devait être quelque part dans les coulisses. Etrangement, le Zora n'arriva pas à le retrouver. Craignant un moment qu'il ne se soit enfui, il se mit à le chercher avec un peu plus de fébrilité. Finalement, il le vit, derrière le rideau qui masquait la scène, et il poussa un discret soupir de soulagement. Il grimpa sur l'arrière-scène et s'approcha du Kokiri d'adoption. L'Hylien ne faisait aucun mouvement. La main sur le rideau, il l'avait légèrement écarté et scrutait la salle, le regard fixe. Mikau, regardant au-dessus de sa tête, vit à quel point la salle était bondée. Avec une grimace ennuyée, il prit d'autorité le rideau et le referma. L'Hylien sembla alors revenir à la réalité et leva les yeux vers le Zora. Ce dernier lui sourit, mais le jeune héros se détourna et alla s'asseoir au bord de l'arrière-scène, la tête entre les mains. Le musicien posa sa guitare et vint s'accroupir à côté de lui.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Mikau.
- Mikau… je ne peux pas !
- Tu te fiches de moi ?
- Non ! s'emporta le Kokiri d'adoption. Tu as vu tout le monde qu'il y a ?! Je ne peux pas !
- Mais si tu peux ! contredit le Zora.
- Ah oui ?! Regarde un peu !
Le jeune héros tendit le bras, sa main tremblait fortement.
- Tu vois à quel point je suis nerveux ? Je suis au bord de la crise de nerfs !
- Tu ne vas pas me dire qu'après avoir battu Xercoraid, tu ne vas pas réussir à monter sur scène ?
- Je préférerais mille fois affronter ce sorcier encore une fois de plus plutôt que de me retrouver à chanter devant ces gens !
Il baissa la tête et dit d'une petite voix.
- Je vais me ridiculiser, une fois de plus.
Secouant doucement la tête, le musicien posa doucement sa main sur l'épaule de son ami et chercha son regard.
- Non, tu ne vas pas te ridiculiser.
Le jeune héros poussa un soupir montrant clairement qu'il n'en croyait pas un mot.
- Là, c'est différent, Link. Cette chanson, à part moi, personne ne la connaît - et, rassure-toi, c'est pas moi qui vais râler si tu te trompes - donc ils ne s'en rendront même pas compte si tu oublies une partie du texte !
L'Hylien n'émettant aucune objection, le guitariste continua sur sa lancée.
- De plus, tu ne seras pas seul sur scène. Je serai là, juste à côté de toi. Si je vois que ça ne va pas, je peux facilement tout arranger ! Je n'ai qu'à rallonger la musique et tu auras tout le temps de te calmer…
Ayant enfin pu trouver le regard du jeune garçon, Mikau ajouta, ses yeux plantés dans les siens :
- Tu ne seras pas seul, mon ami.
Un peu rassuré, l'Hylien laissa un timide sourire étirer ses lèvres. Le Zora se releva alors et lui tendit la main.
- Allez, viens. On a un triomphe à faire !
Le héros du Temps acquiesça et prit la main qu'on lui tendait. Une fois debout, il se dirigea vers le rideau. Mikau attrapa sa guitare et s'avança lui-aussi. Link marqua un temps d'hésitation devant la tenture rouge, mais son ami Zora posa sa main sur son épaule et l'entraîna sur le devant de la scène.
Le silence se fit dès qu'ils apparurent. L'Hylien sentit nettement le sang se retirer de son visage. Le musicien s'en rendit compte et attira l'attention sur lui en plaquant quelques accords sur sa guitare, l'air de l'accorder. Tous les regards se tournèrent vers lui et le jeune héros put prendre ces quelques précieuses secondes pour se calmer. Une fois prêt, enfin autant que possible, il fit un très discret signe de tête au Zora. Comprenant immédiatement, ce dernier décompta à voix basse puis se mit à jouer. L'introduction sembla passer comme un éclair au jeune héros. Mais les accords de guitare qui emplissaient maintenant la pièce le rassuraient un peu. C'était déjà moins effrayant d'être sur scène quand il n'y avait pas que le silence pour vous répondre. Mais il n'avait qu'à jeter un coup d'œil à toutes ces personnes, qui avaient pour le moment le regard fixé sur Mikau, pour qu'il lui semble avoir avalé du plomb plutôt que de la tarte aux pommes à son dernier repas. Paniqué, Link entendit que l'introduction musicale touchait à sa fin. Le Zora se tourna vers lui et, remarquant son trouble, lui fit un clin d'œil. L'Hylien sourit discrètement, crispé au possible. Heureusement pour lui, le musicien avait jugé préférable de prendre le premier couplet.
L'aisance sur scène du Zora était propre à ficher des complexes à n'importe qui. On le sentait aussi à l'aise pour chanter devant des centaines de personnes ou une seule et il donnait l'impression de jouer la musique sans même avoir à y penser… Quand la voix de Mikau s'éleva, le jeune héros ne put s'empêcher de tendre l'oreille avec toute la salle, même s'il connaissait les paroles par cœur. La chanson commença :
- Qui n'a jamais rêvé d'être un jour un héros ?
On veut être admiré, pouvoir changer son sort
Mais la vie du héros n'est pas de tout repos
La récompense qui l'attend est souvent la mort
La voix du Zora, chaleureuse comme à l'accoutumée, avait de véritables vertus apaisantes, surtout sur son ami vêtu de vert. Quand le musicien termina son couplet, il se mit à jouer une petite musique de transition, qu'il pouvait rallonger à l'infini. Alors que ses entrailles faisaient des nœuds, l'Hylien se rappela l'un des conseils du Zora : " Si c'est le public qui te fait peur, n'y fais plus attention ! Tourne-toi vers moi et imagine qu'on est toujours en répétition. Tu verras, ça ira tout seul…". Respirant un grand coup, le héros du Temps prit son courage à deux mains et fit un signe discret à son ami. Avec un imperceptible hochement de tête, il passa à l'accompagnement du second couplet. Tourné vers lui, Link se lança :
- On admire les héros, on vante leur courage
On voudrait tellement pouvoir leur ressembler
On narre leurs exploits, on chante leurs louanges
Et on se demande parfois ce qui les a poussés
Quand ce fut fini, Mikau lui fit un nouveau clin d'œil avant de se lancer dans le troisième couplet. Le jeune garçon n'en revenait pas : il avait chanté presque s'en rendre compte, les paroles et l'air lui étaient revenus tout naturellement. Il se surprit même à hocher légèrement de la tête en rythme pendant que le Zora chantait. Sans trop vouloir se l'avouer, le Kokiri d'adoption commençait à se sentir à l'aise. Jetant timidement un regard vers la salle, il vit que tous étaient sous le charme et écoutaient attentivement ; même si Koume et Kotake, accoudées au bar, glissaient dangereusement vers le côté droit pour l'une, côté gauche pour l'autre. Il faillit pouffer de rire en s'en rendant compte, puis revint au couplet en cours, que Mikau terminait :
- Quand un héros perd les siens par les erreurs qu'il a faites
Que ceux qui lui étaient chers sont morts sous ses yeux
Alors c'est la rage au cœur qu'il entreprend sa quête
Pour venger ses amis trop tôt montés aux cieux
L'allusion au début de leur quête était évidente, cela rappela des souvenirs au jeune Hylien. Le prochain couplet était pour lui et faisait, cette fois, allusion à son passé. Cette fois, le jeune garçon se résolut à affronter sa peur jusqu'au bout et se força à regarder différentes personnes dans la salle en chantant :
- D'autres fois le héros est simplement appelé
Il apprend, médusé, qu'il est le dernier espoir
Une telle destinée, il ne l'imaginait pas
Mais comme il débute, il avance un peu au hasard
Ca y est, il l'avait fait. Il avait regardé plusieurs personnes, et il n'avait pourtant pas perdu tous ses moyens. Envolée la nervosité ! Maintenant, l'Hylien se sentait léger et libre. Et, en y réfléchissant bien, il commençait même à aimer ça, être sur scène. Les accords rock'n'roll de la guitare de Mikau emplissaient la salle et accompagnaient les paroles en donnant plutôt l'impression de les compléter. Japas, de sa table, adressa un signe d'encouragement aux deux musiciens. Tous deux se rapprochèrent l'un de l'autre et chantèrent ensemble le couplet suivant :
- Aller poursuivre son but par delà la mer
Combattre le mal encore, encore et toujours
Traverser des marais, ou même un désert
Si on est un héros, c'est le programme d'un jour
Même s'il les connaissait par cœur, Link se disait que Mikau avait composé ces paroles avec brio. Le musicien s'inspirait largement de leur quête, mais aussi un peu d'eux-mêmes, et ça plaisait à son compagnon. De son côté, Mikau était heureux de voir que le Kokiri d'adoption était enfin à l'aise. Bougeant au rythme de la musique, on voyait que, maintenant, il adorait la scène. Le Zora se surprit même à penser que son ami pourrait devenir un sacré musicien avec un peu pratique. Les regards des deux amis se croisèrent et ils devinèrent l'un l'autre qu'ils pouvaient risquer un peu de mise en scène. Les héros, qui avaient chanté jusque-là face à face, se mirent dos à dos pour l'ultime couplet et c'est presque en riant qu'ils l'entonnèrent :
- A plein d'occasions il pourrait retourner, mais non
Pour raccrocher ses armes, il attendra la fin
Car être un héros, c'est bien plus qu'une vocation
Ce n'est pas un choix… On le devient !
Un sourire aux lèvres, Mikau se lança dans une de ces envolées d'accords dont il avait le secret et que Japas avait surnommé, à l'époque, les "gratouillages de Mikau". Link se redressa et se tourna avec un air disant "ah tu le prends comme ça !" vers le Zora, qui termina son envolée et revint à la mélodie finale. Un sourire en coin aux lèvres, Link sortit l'Ocarina du Temps et improvisa, sous le regard admiratif de Mikau qui continuait sur la mélodie prévue, une sorte de mélodie parallèle qui rejoignit celle prévue pour le final. Côte à côte, les deux amis firent retentir le dernier accord.
Les dernières notes frémirent encore un instant dans l'air avant de s'éteindre. Pendant une seconde ou deux, il régna un silence presque oppressant et les deux interprètes échangèrent un regard inquiet. Puis, le public sortit se sa "transe" admirative et un tonnerre d'applaudissements ébranla la salle, mêlé de sifflements enthousiastes et de cris de félicitation. Il y eut même un ou deux jeunes Zoras un peu tapageurs, debout sur les tables, qui demandèrent un "bis", appuyés par Cremia et Romani. Emplis de fierté, les deux interprètes saluèrent leur public, qui redoubla d'applaudissements. Mikau se tourna vers le jeune Hylien et lui donna une claque amicale sur l'épaule.
- Alors, est-ce que c'était si terrible ? demanda-t-il, goguenard.
Avec un sourire rayonnant, le Kokiri d'adoption répondit :
- Ben, pas tant que ça…
Sous le regard moqueur du Zora, il ajouta en riant :
- D'accord, j'avoue que je commence à aimer ça !
- Tu verras, je ferai de toi un vrai musicien de scène, avec le temps !
Alors que la majorité de la salle reprenait l'idée des jeunes Zoras et demandait un "bis", le musicien s'avança et demanda le calme en levant une main.
- Désolé, les amis, mais je crois qu'une seule fois suffit pour ce soir…
Il dut ensuite élever la voix pour se faire entendre malgré les protestations.
- Mais… Mais je crois que nous avons ici quelques personnes qui voudront peut-être nous régaler de quelques chansons…
Il s'accroupit devant la table des Indigo-go et demanda avec un petit air charmeur :
- Lulu, tu veux bien faire ça pour moi ?
La chanteuse rit et répondit :
- Ok. Tu sais bien que je ne peux rien te refuser, Gueule d'amour !
- Merci.
Il se releva et annonça :
- Mes amis, le reste de la troupe des Indigo-go ! On les encourage !
Les applaudissements reprirent tandis que Lulu, Evan et Tijo se levaient de leur table et que Japas s'excusait rapidement auprès de ses compagnons de table avant de les accompagner. Mikau descendit le petit escalier qui permettait de quitter la scène, suivi de Link. Il croisa Japas et lui passa sa guitare en lui glissant un rapide "elle s'appelle revient", auquel l'autre répondit par un léger coup de poing dans l'épaule de l'ancien esprit. Quand le jeune héros croisa la chanteuse du groupe, elle l'arrêta en posant légèrement sa main sur son épaule.
- Pas mal du tout pour un premier essai, Link, lui dit-elle avant de grimper sur scène.
Un tel compliment venant de Lulu rendit le jeune héros extrêmement fier, et un peu plus rouge qu'à la normale.
Les deux amis s'installèrent à la table, maintenant un peu plus vide, des sœurs Romani et de l'homme de l'Observatoire. Tous trois félicitèrent les deux interprètes, qui remercièrent avec modestie. Puis, leurs compagnons de table reportèrent leur attention vers la scène. Link en profita pour se pencher vers son ami :
- J'ai bien entendu ? Lulu t'a appelé "Gueule d'amour" ?! demanda-t-il avec un petit air moqueur. C'est nouveau, ça !
Le musicien se racla la gorge d'un air ennuyé et chercha ses mots.
- Oui, tu as bien entendu ! lâcha-t-il enfin, rapidement. Mais non, ce n'est pas nouveau. Ca date même du jour où je suis arrivé dans le groupe.
Comme le guitariste s'arrêtait, l'Hylien le relança :
- Alors, raconte !
Comprenant qu'il n'y échapperait pas, Mikau soupira et reprit le fil de son récit.
- En fait, le groupe était déjà presque constitué. Il ne leur manquait qu'un second guitariste. Pour la sélection finale, j'ai dû passer avec deux autres devant le manager et le reste du groupe. Ce jour-là, j'étais si nerveux que je me suis emmêlé dans la courroie de ma guitare. Violet de honte, j'essayais de défaire les nœuds quand Evan a lancé "Celui-là, il est pas prêt de passer !". Japas a pris ma défense en répliquant "Comme si t'avais jamais eu le trac ! Lâche-le un peu, on verra ce qu'il vaut quand il jouera !". Evidemment, tout cela a attiré l'attention de Lulu, qui discutait plus loin. Elle a tourné la tête vers moi, m'a regardé attentivement de la tête aux pieds - me faisant encore plus rougir au passage - et est allée s'asseoir sans un mot. Ensuite, on nous a jugés et je suis passé en dernier. Quand j'ai eu fini, le manager a demandé l'avis de tout le monde sur ma prestation. Quand ça a été son tour, Lulu a juste dit : " La petite gueule d'amour ? Dans une semaine il nous conquis le public !". Depuis, le surnom est resté.
Le Kokiri d'adoption avait écouté l'anecdote avec amusement et pouffa de rire en entendant la fin, tout en essayant de rester discret en espérant ne pas vexer son ami. Le Zora, sourire aux lèvres, l'assura que ça le faisait rire aussi, maintenant qu'il avait du recul.
Puis, il se leva et alla chercher deux boissons au bar auprès du gérant. L'Hylien était perdu dans ses pensées. "Je me demande ce qu'est devenu Kazof…", pensait-il.
"- Oh, je ne suis pas bien loin ! répondit une voix dans son esprit."
Surpris, le Kokiri d'adoption tourna la tête à gauche et à droite sans pour autant reconnaître la silhouette de l'Ancien.
"- Plus haut ! ajouta le mage, amusé."
Levant les yeux, le jeune héros découvrit une mouette tranquillement perchée sur une poutre. A la question muette du jeune garçon, l'apparent oiseau répondit :
"- J'avais envie de vous revoir avant de partir… Et puis, je n'allais tout de même pas manquer le concert de la décennie ?!"
Le jeune héros manqua de rougir à nouveau, mais demanda à la place :
"- Et maintenant ? Qu'allez-vous faire ?"
"- Je vais m'en aller, tout simplement."
"- Pourquoi ?"
L'oiseau de mer regarda autour de lui, comme s'il pouvait contempler le paysage à travers les murs.
"- Ce monde est à l'abri du Mal, pour un temps du moins. Ma tâche ici et celle du bâton est terminée, plus rien ne me retient ici. Je vais donc aller m'établir dans une autre dimension, là où je pourrai être utile…"
"- Mais… vous dites que la paix n'est installée que pour un temps ! Que se passera-t-il si on a besoin de vous ?"
"- Il existe d'autres Anciens. Mais je ne serai jamais bien loin de ceux qui ont besoin de moi."
L'Ancien déploya ses ailes et les agita avec grâce, faisant apparaître un nuage de particules argentées autour de lui.
"- Mais, tu sais… Je crois qu'avec toi et ton ami, le monde est entre de bonnes mains. Tu as le Courage en toi."
Sur ces paroles énigmatiques, Kazof disparut.
Un peu sonné par son départ, le jeune héros resta immobile à fixer la poutre où il se tenait. Finalement, ce fut Mikau, revenant avec deux verres de cidre, qui le ramena à la réalité.
- Link ? Ca va ?
Secouant la tête pour s'éclaircir les idées, l'Hylien reporta son regard vers son ami et lui raconta ce qui venait de se passer.
- Mais…termina-t-il. Je ne sais pas ce qu'il a voulu dire par : " Tu as le Courage en toi"…
L'air d'abord pensif, le musicien répondit :
- En fait, il voulait dire que tu as le Véritable courage en toi. Le courage de faire face à ses peurs et de les affronter. Le pouvoir de vaincre ses peurs, ses propres zones d'ombre. Le pouvoir de la Lumière.
- Tu en es sûr ? demanda Link, l'air un peu dépassé.
Avec un sourire chaleureux, le guitariste désigna la main gauche du héros du Temps.
- Certain. Et je crois même que Farore m'approuve…
Baissant les yeux, le jeune héros eut la surprise de voir que le symbole de la Triforce du Courage brillait sur le dos de sa main d'une discrète lueur dorée, comme un clin d'œil de la Déesse du Courage. Quand il l'eut vu, la lueur s'éteignit et sa peau retrouva son aspect habituel.
Soudain, un grand bruit de chute fit sursauter tout le monde et arrêta les Indigo-go en plein refrain. Derrière le bar, les deux sorcières un peu ivres, à force de glisser de côté, avaient fini par tomber toutes les deux au sol. Tandis qu'elles se relevaient, quelque peu dégrisées par leur chute, un éclat de rire général secoua la salle. Les musiciens zoras reprirent leur chanson du début et les autres convives retournèrent à leurs conversations. Les deux héros s'entre-regardèrent et esquissèrent le même sourire heureux. Ils étaient en vie, la paix était revenue et ils étaient entourés des gens qu'ils aimaient. Que demander de plus ? L'avenir restait à écrire et il serait bien assez temps de s'occuper de la prochaine catastrophe quand elle arriverait. Mikau prit son verre en main et le tendit vers le jeune Kokiri pour porter un toast.
- Aux aventures communes à venir !
Link prit son verre et le fit tinter contre celui de son compagnon.
- A l'amitié !
Après avoir prit une gorgée de leur cidre, les deux amis firent claquer leurs paumes l'une contre l'autre, puis partirent d'un éclat de rire joyeux. C'était peut-être la fin d'une quête, mais l'aventure, elle, ne faisait que commencer pour eux deux.

Fin
(ou plutôt, à suivre ? …)


Remerciements :
- A Gigaonilink, pour son aide involontaire
- A BM (qui se reconnaîtra) de m'avoir inspiré le personnage de Lune des Sables
- Et, surtout, à Fozak, pour m'avoir relue, corrigée, et surtout encouragée tout au long de l'écriture de cette aventure.



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